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Cinquantième anniversaire de l’indépendance du Burkina Faso

Retracer l’évolution économique, sociale et politique du Burkina Faso depuis 1960constitue une véritable gageure. L’on comprendra alors l’option d’une démarche articulée sur de grandes séquences chronologiques qui ne saurait nullement revendiquer la profondeur de l’analyse historique.

La République de Haute-Volta, rebaptisée en 1984 Burkina Faso qui signifie « Pays des hommes intègres », est proclamée le 11 décembre 1958. D’abord membre de la Communauté Franco-Africaine initiée par le Général De Gaulle, afin de décourager les velléités indépendantistes des nouveaux Etats africains issus de la colonisation, elle accède à la souveraineté internationale le 05 août 1960.

Sous la présidence de Maurice Yaméogo, le « père de l’indépendance », l’affirmation de la souveraineté constituera l’un des traits dominants de la politique étrangère de la première République (1958-1966). Nonobstant les Accords de coopération avec la France liant les anciennes colonies à l’ex Métropole, le nouvel Etat voltaïque refusera le maintien des bases militaires françaises sur le sol national. Mais sur le plan intérieur, la construction de la Nation est plutôt marquée par la poursuite des confrontations au sein de la nouvelle élite issue de la lutte pour l’indépendance. Le Rassemblement Démocratique Africain (RDA), parti politique dominant à la veille de l’indépendance est divisé en factions rivales organisées autour des dignitaires du Parti. Parmi les autres formations politiques, le Mouvement de Libération National (MLN) du Professeur Joseph Ki-Zerbo constituera l’un des pôles principaux de l’opposition, par les liens forts qu’il entretient avec le milieu syndical. En effet, la caractéristique essentielle de cette configuration politique à la veille de l’indépendance est celle de la forte position occupée par les formations syndicales de travailleurs et d’étudiants. Dans ce contexte d’apprentissage de l’autonomie politique, où la grande majorité de la population est tenue en marge du débat politique, confisqué de fait par l’élite politique, les formations syndicales vont s’instituer en véritable contre pouvoir. Lorsque la gestion politique et économique du pays, sous la direction d’une élite plus préoccupée par les dépenses de prestiges et l’enrichissement personnel, aboutira à une profonde crise sociale et économique, les syndicats seront les principaux artisans d’un mouvement populaire de révolte contre les gouvernants, à l’issue duquel le président Maurice Yaméogo est contraint au départ le 3 janvier 1966.

Démission du Président de la République ou coup d’Etat du Lieutenant Colonel Sangoulé Lamizana ? La date du 3 janvier 1966 continue de nourrir la polémique sur le caractère réel de ce bouleversement politique. Quelle que soit l’interprétation, cet événement marquera durablement le cours ultérieur de l’histoire politique du pays. D’une part il est apparu comme la première manifestation d’envergure d’un désaveu, par la population, de l’élite politique au pouvoir depuis l’indépendance, et d’autre part il inaugurera une rupture politique inscrivant la Haute-Volta dans une ère nouvelle de gestion du pouvoir d’Etat, dominée par les régimes militaires. Au cours de la période qui s’étend de 1966 à 1991, nonobstant les intermèdes de la 2ème et de la 3ème Républiques, la gestion du pouvoir d’Etat porte le sceau militaire avec, certes, des variantes non négligeables dans la conception, la gestion et la direction politique de l’Etat.
Propulsé à la tête de l’Etat suite au mouvement populaire de défiance contre le Président Maurice Yaméogo, le Lieutenant Colonel, puis Général Sangoulé Lamiza s’attèle à mettre en œuvre une politique économique d’austérité afin de juguler la crise économique. Dans cet effort, il alterne régimes d’exception et régimes constitutionnels. Après un régime militaire de 1966 à 1970, une nouvelle Constitution est promulguée le 29 juin 1970 instaurant la 2ème République. Celle-ci est suspendue le 8 février 1974 suite à une crise politique au sein du RDA. S’ouvre une seconde période de régime d’exception qui durera jusqu’au 13 décembre 1977, date de promulgation de la Constitution d’une 3ème République qui sera suspendue 3 ans après, le 25 novembre 1980 suite au Coup d’Etat du Colonel Saye Zerbo.

Comme une énorme vague aux remous durables, le premier régime militaire marquera un tournant décisif dans l’histoire politique du pays, avec une entrée officielle des militaires sur la scène politique. Au Comité Militaire de Redressement pour le Progrès National (CMRPN) du Colonel Saye Zerbo, succède, 2 ans plus tard, le Conseil de Salut du Peuple (CSP) le 7 novembre 1982, du Médecin Commandant Jean-Baptiste Ouédraogo. Au cours de cette période scandée de coups d’Etat, le combat entre les militaires pour le contrôle du pouvoir d’Etat renvoie de fait les préoccupations de développement au second rang. Celles-ci seront à l’ordre du jour à l’issue d’un autre coup d’Etat mettant fin au CSP, celui du 4 août 1983, dirigé par une équipe de Capitaines, dont Thomas Sankara et Blaise Compaoré, qui proclamera la Révolution Démocratique et populaire (RDP).

Sous la direction du Capitaine Thomas Sankara, leader charismatique et fervent patriote, le Conseil National de la Révolution (CNR) sera reconnu comme l’un des régimes d’exception dont le bilan, dans le cadre du développement économique, s’est révélé largement positif avec les nombreuses réalisations qui ont notablement transformé le pays des hommes intègres. Quoiqu’ayant bénéficié d’une forte adhésion populaire, une critique principale a toujours été formulée contre le CNR qui est celle des atteintes aux libertés politiques et aux droits de l’homme. Mais dans l’appréciation des acquis et des défaillances du régime révolutionnaire (1983-1987), ce sont également des conceptions divergentes des libertés et des droits qui s’affrontent.

Ces conceptions affrontées seront du reste à l’origine du coup d’arrêt au processus révolutionnaire le 15 octobre 1987, initié par une frange des révolutionnaires avec à sa tête le capitaine Blaise Compaoré. La justification officielle du coup d’Etat est la nécessaire « rectification » d’une Révolution qui aurait dévié de ses objectifs premiers. Le Front Populaire qui succède au CNR cherchera alors une nouvelle orientation politique, initiant divers rapprochements entre révolutionnaires d’hier et forces politiques naguère exclues de la scène politique. Ce « large rassemblement » aboutira ainsi à l’adoption d’une nouvelle Constitution dont la promulgation le 11 juin 1991 ouvrira l’ère de la 4ème République, dans le sillage de ce qui a été désigné comme le « renouveau démocratique » africain.

Si l’ouverture démocratique entamée depuis l’adoption de la Constitution de la 4ème République en 1991 a suscité beaucoup d’espoir, la mise en œuvre pratique de ce nouveau contrat politique est l’objet de nombreuses critiques. Il s’agit notamment de ce que certains observateurs ont qualifié d’une « ouverture fermée » pour désigner le retranchement progressif, après les moments d’euphorie, du pouvoir autour d’un noyau initial. Mieux, les critiques les plus vives portent sur le développement sans précédent de l’affairisme, de la corruption et du détournement de deniers publics au sein de la haute classe politique, et enfin du retour, par moment, des démons des périodes d’exception, la violence en politique. A ce titre, jusque là, l’événement majeur de la 4ème République aura été sans conteste l’assassinat le 13 décembre 1998 du journaliste directeur de l’hebdomadaire « L’Indépendant », Norbert Zongo qui avait fait de la dénonciation des abus de pouvoirs, des crimes économiques et des crimes de sang le crédo de son option éditoriale. La protestation populaire massive et violente contre cet assassinat aura témoigné que celui qui avait tant d’amour pour cette « patrie immortelle » avait réussi à semer au sein de la population burkinabé les graines d’une revendication de plus de liberté, de dignité et de justice pour le peuple.

Pr Basile L. GUISSOU (CNRST)
Habibou FOFANA (Université Ouaga II)

  • 05/08/2010

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